Expositions des musées

Café avec des plantes

LA FABRIQUE DES PASSIONS

jeudi 16 décembre 2021

dimanche 27 mars 2022

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Après 15 ans de collaboration, le musée des Beaux-arts renouvelle son partenariat avec l’Université de Tours et les étudiants de Master 2 du département d’Histoire de l’art. Cette exposition, sous la responsabilité de leurs enseignantes Lucie Gaugain et Delphine Rabier, a été accompagnée à chaque étape par les professionnels du musée des Beaux-arts.
À partir du Serpent d’Airain (anonyme, 17ᵉ siècle) d’après Charles Le Brun, l’exposition La Fabrique des passions propose d’appréhender ce thème dans les arts du 17ᵉ au 19ᵉ siècle.

Conformément à la pensée de René Descartes (Traité des passions, 1649), dont Charles Le Brun s’est inspiré, la passion - aujourd’hui synonyme d’émotion - se traduit comme l’expression incontrôlable d’un état affectif qui soumet l’âme et le corps. En 1668, Charles Le Brun, peintre du roi Louis XIV, donne une conférence à l’Académie royale de peinture et de sculpture dans laquelle il définit des modèles types d’expression des différentes passions. Le parcours de l’exposition construit à partir d’oeuvres issues des réserves comporte trois entrées thématiques :

- les origines des passions dans les sources bibliques et mythologiques
- le théâtre comme nouvelle source d’inspiration des passions héroïques
- l’individualité des passions à travers les portraits et les études de têtes.

Origines des passions
Les origines des passions, observées à la fois d’un point de vue théorique, esthétique, religieux et historique, sont illustrées par trois oeuvres. Le Serpent d’Airain d’après Charles Le Brun, oeuvre maîtresse de l’exposition, présente les prémisses de la codification des passions. Les émotions – telles que l’admiration, l’effroi ou le ravissement – sont mises au service de la narration pour toucher le spectateur. Outre le travail sur l’expressivité des visages et des corps, l’intensité des couleurs participe à cette exaltation des émotions.
Les origines des passions sont explorées à travers les thèmes fondateurs de la Bible. Aussi, pour mieux émouvoir, les artistes puisent-ils dans la culture du spectateur. Caïn et Abel (anonyme, 19ᵉ siècle), qui décrit le premier meurtre de l’histoire de l’humanité dans l’Ancien Testament, montre la brutalité de la passion débordante assimilée à la jalousie.
La mythologie fournit d’autres sujets iconographiques propices à la mise en scène des passions à l’instar d’histoires légendaires de la Rome antique. L’Enlèvement d’une Sabine (anonyme, 19ᵉ siècle) d’après le chef-d’oeuvre du maniériste Jean de Bologne (16ᵉ siècle), sert ainsi de support plastique à la fabrique moderne d’une nouvelle esthétique des passions. Ici, la peur et la violence charnelle sont évoquées avec force

Passions héroïques
Le théâtre, qui revisite la culture littéraire classique et savante aux 17ᵉ et 18ᵉ siècles, s’impose comme une nouvelle source d’inspiration de la figuration des passions héroïques. Les scènes de groupe, comme Les Funérailles de Pallas d’après Antoine Coypel (Louis Desplaces, 17ᵉ siècle), présentent une multitude de personnages qui incarnent le deuil, la tristesse et la désolation. Avec sa composition du dessin Briséis enlevée à Achille (18ᵉ siècle), Gaudar de Laverdine sublime les passions par un jeu de théâtralité des corps et des mouvements. Cléopâtre (huile sur toile, anonyme, 17ᵉ siècle) représente quant à elle la passion héroïque des femmes fortes, tout comme Polyxène (gouache, Guillaume Goudin, 18e siècle), princesse troyenne qui se sacrifie à la suite de la disparition de son bien-aimé.

Portraits et passions
Les portraits favorisent la focalisation progressive sur l’individualisation des émotions. À la suite du concours de têtes ouvert à l’initiative du Comte de Caylus (membre de l’Académie né en 1692 et mort en 1765), les études se consacrent désormais à la seule expressivité du visage. Jean-Baptiste Greuze apparaît comme l’archétype de l’artiste traitant de la tête d’expression (Tête de jeune femme, 18ᵉ siècle, copie), thème qui eut un grand succès à Paris et qui trouva également un écho à Tours comme en témoigne l’oeuvre d’Auguste Vinchon (Étude de femme, épisode de l’histoire de Venise, 19ᵉ siècle)
L’exposition se conclut par le dessin d’Étienne-Pierre-Adrien Gois (plume et encre, 2ᵉ moitié du 17e siècle). L’autoportrait central, affichant une profonde expression méditative et introspective, est entouré de douze visages féminins et masculins, montrant la diversité des passions humaines. Les caricatures associées aux citations apportent un caractère comique et moralisateur à la lecture de l’image.
Entre théorie académique, théâtralisation et interprétation plus personnelle de la palette des émotions, ces oeuvres illustrent donc la manière dont les artistes se sont confrontés à la difficile codification des passions.

Commissariat :
Andy Bodin, Alice Brozzoni, Emeline Chassine, Zoé Machado-Formiga, Marine Nabon, Elodie Poinha, Jurgen Poirier, Clara Roig, étudiant.e.s en Master 2 histoire de l’art, séminaire Pratique de l’exposition, à l’Université de Tours.
Lucie Gaugain, Maître de conférences en Histoire de l’art médiéval à l’Université de Tours, membre du CeTHiS, EA 6298
Delphine Rabier, ATER en Histoire de l’art moderne à l’Université de Tours, chercheur associé au CESR, UMR 7323
Coordination :
Musée des Beaux-Arts : Hélène Jagot, directrice des Musées-Château de Tours ; Virginie Dansault, médiatrice, chargée des publics
Jessica degain, conservatrice du patrimoine en charge des collections XVIIᵉ - XIXᵉ siècles
Catherine Pimbert, régisseuse des collections