À propos

Brûle-parfum à décor épique de personnages de l’ère Heian (794-1185)
Japon, fours de Satsuma, période Meiji (1868-1912)
Porcelaine, or et émaux polychromes
Collection privée
Ce brûle-parfum massif reprend une forme venue directement de l’Antiquité chinoise, celle du chaudron tripode. Les pieds en forme de tête de monstre sont surmontés d’un vase globulaire pourvu de deux anses et d’un couvercle. Le couvercle est percé de trous pour laisser passer les vapeurs d’encens et surmonté d’un lion gardien. Il est cependant fort probable que cet objet n’ait jamais servi à faire brûler de l’encens. Sur la panse du vase se déploient deux scénettes représentant des hommes de cour de l’ère Heian (794-1185) dans un paysage. Leur tenue et leurs chapeaux caractéristiques permettent de facilement identifier l’époque à laquelle se déroule l’action. Des dragons, des phénix et des grues viennent tournoyer dans les frises décoratives entourant le motif narratif principal. L’emblème du chrysanthème (kiku-mon) apparaît sur la panse en rouge et or.
La scène avec des personnages représente peut-être les deux étapes d’une entrevue entre le légendaire Minamoto no Yoshitsune (1159-1189) et son frère Minamoto no Yoritomo (1147-1199), deux frères et hommes forts du XIIe siècle. Après leur victoire sur le clan ennemi Taira, Yoritomo et Yoshitsune retournèrent à la capitale Kyoto. Mais Yoritomo, qui aurait été davantage un politicien qu'un guerrier émérite, était jaloux de la renommée de son frère et inquiet de l'influence de ce dernier sur l'Empereur. Isolé, Yoshitsune finit par s'exiler avant d’être condamné à mourir, entouré de ses derniers soutiens. Minamoto no Yoritomo devint shogun et instaura le tout premier régime militaire au Japon. Cette histoire est connue grâce à une grande épopée en prose, le Dit des Heike (Heike monogatari), qui réunit des récits de la tradition orale au XIIIe siècle. La vie de Yoshitsune a abondamment inspiré le théâtre.
Les fours de Satsuma émergent au début du XVIIe siècle, lorsque des potiers d’origine coréenne commencent à travailler pour un seigneur local de l’île de Kyūshū au sud de l’archipel. Les céramistes commencent à produire des porcelaines émaillées à partir des années 1860, inspirés par la production de Kyoto. Leurs créations font partie des réalisations artistiques japonaises présentées lors des expositions universelles en Europe à la fin du XIXe siècle. Progressivement, les collectionneurs avertis d’artisanat et d’art japonais en vinrent à connaître l’histoire et les légendes japonaises grâce à des ouvrages de vulgarisation d’écrivains occidentaux. Les artisans japonais avisés adaptèrent les motifs pour répondre à cette demande en représentant sur leurs céramiques des mythes et épisodes historiques célèbres.



