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La technique Sang-de-bœuf, du modèle asiatique aux essais européens


A partir du XVIIIe siècle, les céramiques chinoises à émail rouge suscitent un vif engouement en Europe. Obtenues à partir d’oxyde de cuivre, ces teintes profondes fascinent autant qu’elles défient les savoir-faire occidentaux. Sous les règnes des empereurs Kangxi (1661-1722) et Yongzheng (1723-1735) de la dynastie Qing, les ateliers impériaux de Jingdezhen produisirent des porcelaines monochromes d’un rouge éclatant appelées lang yao (« sang de bœuf »), héritières des productions xianhong (« rouge frais »), des règnes des empereurs Yongle (1403-1425) et Xuande (1426-1436) de la dynastie Ming.


L’exécution des « sang de bœuf » exige une grande maîtrise technique. L’obtention de ces rouges repose sur un équilibre particulièrement délicat entre composition chimique de l’émail, température (environ 1350°C) et cuisson atmosphère réductrice, limitant l’oxygène dans le four. La moindre variation altère le résultat : le rouge peut virer au gris, se liquéfier ou s’évaporer. La blancheur des bords supérieurs des deux vases de la toute fin du XIXe-début du XXe siècle de la manufacture du Cher Girault-Demay-Vignolet (GDV) résulte de la migration de l’oxyde de cuivre lors de la cuisson.


Malgré un intérêt précoce, les Européens ne parvinrent à maîtriser les « Sang-de-bœuf » qu’à partir du milieu du XIXe siècle. La Manufacture nationale de Sèvres joua un rôle déterminant : au terme d’analyses de fragments de Jingdezhen, d’étude des sources textuelles chinoises et d’expérimentations longues et onéreuses, elle obtint en 1849 ses premiers rouges de cuivre, encore éloignés toutefois de l’intensité des modèles asiatiques. Les recherches se poursuivirent et aboutirent en 1884 à la présentation de véritables « Sang-de-bœuf » sur porcelaine.


Dans le sillage de ces recherches, les manufactures berrichonnes développèrent leurs propres variations autour du rouge de cuivre. À Bruère-Allichamps, Girault-Demay-Vignolet (GDV) produisit des couvertes grenat aux nuances violacées qui soulignent les formes galbées, tandis que Pillivuyt à Mehun-sur-Yèvre explora les effets mouchetés allant du pourpre au vert. Ces variations traduisent une maîtrise progressive d’un procédé instable et l’émergence d’un langage céramique propre, entre héritage chinois et innovation.


Oeuvres de l'image 


Vase sang-de-bœuf, manufacture anonyme, 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 998.6.2

 Vase sang-de-bœuf, manufacture anonyme, 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 998.6.2



Oeuvres concernées - exposition Or d'Orient - Musées Charles VII - Mehun-sur-Yèvre


* Vase sang-de-bœuf, manufacture Girault, Demay, Vignolet (Bruère, Cher), 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, H. 23,5 cm, D. 5,6 cm, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 996.1.488.

* Vase sang-de-bœuf, manufacture Girault, Demay, Vignolet (Bruère, Cher), 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, collection privée.

* Vase sang-de-bœuf, manufacture anonyme, 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 998.6.2

* Vase sang-de-bœuf, manufacture de Sèvres, 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. D 906.4.106

* Vase moucheté, manufacture Pillivuyt / Alphonse Lamarre, 1er quart du XXe siècle, porcelaine, oxyde de cuivre, H. 25 cm, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 996.1.856

* Coupelle sang-de-bœuf, manufacture Pillivuyt, 1897, porcelaine, oxyde de cuivre, D. 13 cm, Mehun-sur Yèvre, musée Charles VII, inv. 996.1.960


Bibliographie :

- Crick, Monique, Françoise Espagnet, et Didier Veysset, Rouge de cuivre, peau de pêche, sang de boeuf, clair de lune, [exposition, 29 avril-29 octobre 2001], Lacapelle-Biron : Association des amis du Musée Bernard Palissy, Saint-Avit : Musée Bernard Palissy, 2001.

Mathieu, Jean, La Porcelaine de Sèvres, Paris : Chêne Hachette, 1982.

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